Juste une illusion

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Le marché de l’investissement immobilier français est-il en passe de rater le train post-Brexit ? Alors que la prévision de croissance dans l’Hexagone a été relevée à 1,8 % par l’Insee, que la demande placée de bureaux se maintient en Île-de-France d’après les chiffres d’ImmoStat et que la mer de liquidités fléchées vers l’immobilier tricolore a rarement été aussi importante, le volume d’investissements ne décolle pas.     

Selon la photographie réalisée par le GIE au 30 septembre, le montant des investissements recensés en Île-de-France depuis le début de l’année n’a pas encore dépassé la barre des 10 Mds€, en recul de 26 % par rapport au cumul de l’an dernier. À l’échelle nationale, BNP Paribas Real Estate comptabilise un volume « modéré » de 14 Mds€ sur les neuf premiers mois de 2017. Soit une baisse de 31 % !

« Les investisseurs, face à des prix élevés et confrontés à la difficulté de la réallocation des fonds sur des supports performants, conservent leurs actifs, limitant fortement le nombre d’opportunités sur le segment des petites et moyennes transactions », avance Stephan von Barczy, le directeur du département investissement de JLL, pour expliquer cette performance décevante. Au-delà de la question des prix, c’est le manque de produits qui pénalise le marché. Toujours friands d’immeubles core – mais surtout d’emplacements "prime" - les investisseurs continuent de bouder les actifs plus risqués et préfèrent aller chercher la qualité dans d’autres pays. À ce petit jeu, l’Allemagne sort, sans surprise, grande gagnante.

Sur les neuf premiers mois de l’année, les volumes investis outre-Rhin ont progressé de 20 % d’après BNP Paribas Real Estate pour atteindre plus de 39 Mds€. Et les acteurs tricolores contribuent pour partie à cette performance. « Les investisseurs français font de plus en plus leur "shopping" à l’étranger, notamment pour y trouver des taux plus intéressants qu’en France », constate Lydia Brissy, responsable des études de Savills, dans les colonnes du dernier magazine de Business Immo.

Bien sûr, le volume d’investissements français devrait finir par atteindre un niveau respectable (28 Mds€ selon les estimations de BNP Paribas Real Estate, contre 32 Mds€ en 2016 et 2015). Une ou deux transactions d’envergure non prévues pourraient même lui permettre de franchir la barre symbolique des 30 Mds€. Néanmoins, le millésime 2017 laissera un goût d’inachevé dans la bouche des acteurs du capital market français.

Et leurs homologues étrangers pourront arguer que l’adage selon lequel la France joue souvent placée mais rarement gagnante se vérifie une nouvelle fois. Selon les prévisions de Savills, l’Allemagne devrait être le pays concentrant le plus d’investissements cette année, avec environ 60 Mds€.